L’insurrection parisienne des 5 et 6 juin 1832 : historiographie

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Quand on entretient un particulier de cette insurrection on peut s’estimer heureux s’il finit par admettre que l’insurrection des Misérables de Victor Hugo n’était pas la révolution de 1830 mais un épisode de 1832. Et parmi les spécialistes on est loin d’en avoir terminé l’histoire.

Qu’on en juge :

L’insurrection parisienne des 5 et 6 juin 1832 dans Les misérables (1935) de Richard Boleslawski

Dans l’Histoire du mouvement ouvrier [1] d’Édouard Dolléans cette insurrection est totalement omise. C’est vers 1923 que Gabriel Perreux [2] découvre le rapport Gisquet attribuant cette insurrection républicaine à des menées carlistes. Deschapelles, agent carliste mais républicain d’apparence, et le duc de Fitz-James — à moins qu’il ne faille les citer dans l’ordre inverse, l’auraient fomentée pour la faire tourner au profit de la branche aînée des Bourbons. Après une période de troubles provoqués à dessein, la nouvelle République — et la branche cadette coupable de l’avoir laissé renaître — auraient cédé le pouvoir à la royauté légitime.

À ce sujet L’Abeille de la Nouvelle-Orléans du vendredi 27 décembre 1907 [3] sortit de nulle part une notule “ Poor Whist Player Condemned ” selon laquelle, en 1832, on avait saisi au domicile de Deschapelles une liste de citoyens à guillotiner, en particulier le baron Adolphe Bourdon de Vatry, citoyen inutile, mauvais joueur de whist. On aimerait savoir si cette liste de victimes à guillotiner était sortie de l’imagination d’un journaliste de L’Abeille ou s’il se fondait sur une source restée inconnue.

Il faut dire que Bourdon de Vatry ne figurait pas dans ce passage des Mémoires  du comte d’Alton-Shée :

“ Les Français étaient en majorité légitimistes, néanmoins le célèbre joueur de whist Des Chapelles, de première à tous les jeux, même au billard, quoique manchot, avait été autrefois arrêté, prévenu de conspiration républicaine. Dans les papiers saisis chez lui figurait une liste des richards du club [de l’Union] : Pourtalès, Galliera, Jean Greffulhe, etc., et à côté de chaque nom, ces mots : citoyen inutile." (4)

L’insurrection ayant débuté boulevard Bourdon, aurait-on fait de l’esprit à nos dépens ?

Gabriel Perreux ne poursuivit pas l’enquête. Un inconnu, Deschapelles, avait lancé une insurrection au profit de la branche aînée mais à vrai dire au profit de qui : Charles X dont l’abdication aurait été reconnue nulle et non avenue ou plutôt d’Henri V, bénéficiaire des abdications de Charles X et du duc d’Angoulême ? Cette insurrection n’était-elle pas celle des Misérables de Victor Hugo ? L’identification de ce Deschapelles ne présentait-elle pas d’utilité ? Qu’à cela ne tienne, Gabriel Perreux en resta là. C’est de toute évidence l’histoire du drapeau rouge qui l’intéressait en 1923 [5]. Encore que plus tard il ne se fit pas faute d’étudier des conspirations, celles du futur Napoléon III [6].

Claude Belvèze ne cite pas Gabriel Perreux pas plus que les Archives de la Guerre [7]. Le mot “ insurrection ” a beau figurer dans le titre de son mémoire, c’est une émeute mal secondée par des chefs républicains irrésolus qu’il nous décrit.

Quelles furent les lectures de Simone de Beauvoir qui, en 1946, dans Tous les hommes sont mortels, évoquait l’insurrection des 5 et 6 juin 1832, “ le comité central et les chefs de section de la Société des Droits de l’Homme ”, “ la Société Gauloise ”, “ le comité organisateur ” [8] ? L’une ou l’autre nous aurait-elle échappé ?

De même des sources — françaises, polonaises ? — de Mme Natalia Gasiorowska-Grabowska qui, dans le tome 3 de ses W stulecie Wiosny Ludow, 1848–1948 [9] traite Deschapelles d’irresponsable.

Encore, qu’à consulter sur la base bibliographique Hathi Trust la version océrisée de l’ouvrage, on comprend qu’elle a lu Gabriel Perreux.

En 1974, M. Alain Faure [10] écrivait :

“ … la coexistence d’un mouvement carliste minoritaire (attesté, par exemple, par les cartes de la Société gauloise, d’inspiration légitimiste, trouvées sur quelques insurgés arrêtés par la ligne), et d’un courant bonapartiste et républicain dominant. Les rappels de l’Empire et de la Révolution jalonnèrent la marche du cortège … improvisation de la révolte qu’aucune organisation forte de parti ne pouvait ni provoquer ni guider ou endiguer… ” [11]

En 1977, Mme L. Maurice-Amour, à qui j’avais signalé l’article de Gabriel Perreux, conclut à la bizarrerie de Deschapelles [12]. Et si à l’époque elle ignora la généalogie de Deschapelles et en particulier son lien de parenté avec les écuyers O’Héguerty de Charles X en exil, dont il était respectivement le beau-frère et l’oncle par alliance, c’est que je l’ignorais aussi.

C’est donc peu après que j’ai dû consulter la généalogie O’Héguerty [13] faisant état de ces liens de parenté puisque je m’y référai dans une note de 1978 [14]

La conspiration carliste prenait tournure.

Cette note de 1978 dut passer inaperçue mais j’avais participé au colloque Blanqui dont les actes [15].parurent en 1986. Cette fois-ci la barque de Deschapelles était plus chargée. Le complice du duc de Fitz-James n’était plus un inconnu, il avait un lien de parenté étroit avec les écuyers O’Héguerty de la cour de Charles X à Holyrood, c’était un champion d’échecs et même de whist, inventeur du “ coup Deschapelles ” connu de millions de bridgeurs. Le rôle de Deschapelles dans l’insurrection n’en était pas accru pour autant mais le personnage devait plus que jamais susciter la curiosité des chercheurs.

Fut-ce le cas ? Survint la thèse de M. Bouchet sur l’insurrection des 5 et 6 juin. Or, à la soutenance, l’auteur jugea le rôle de Deschapelles marginal et le passa sous silence dans l’exemplaire imprimé [16].

Il persista dans une communication sur les sociétés secrètes de la Monarchie de Juillet [17]. Gisquet, dans ses Mémoires, et Delahodde, historien de la Monarchie de Juillet, auraient sacrifié à la théorie du complot en accordant de l’importance à une société fantômatique, la Société gauloise de Deschapelles :

“ …L’insurrection parisienne des 5 et 6 juin 1832, à en croire Gisquet puis Delahodde, aurait été fomentée par une société de ce genre, telle une Société gauloise d’autant plus coupable qu’elle était invisible." [18]

Encore qu’une société secrète de 1832 est d’autant plus invisible de nos jours qu’à son époque elle cherchait déjà à l’être. Ne fallut-il pas, comme on le lira plus loin, que les policiers arrachent à Bainse des cartes de Gaulois  qu’il allait avaler pour que son appartenance à la Société Gauloise nous soit connue !

La critique littéraire hugolienne emboîta le pas à M. Bouchet [19].

Étienne Cabet place la Société gauloise et Deschapelles à l’origine de l’insurrection. Il écrivait en 1836 :

“  Que de mal n’a pas fait l’Emeute de juin, cette émeute désapprouvée par toute la tête du Parti révolutionnaire qui voulait ne considérer le convoi de Lamarque que comme une revue des forces populaires et qui préférait livrer la bataille un mois après, à l’anniversaire de juillet ; cette émeute, commencée par une petite société secrète, la Société Gauloise, composée de républicains et de carlistes, organisée et dirigée par un spéculateur à la Bourse qui se nommait dictateur, et qui croyait follement tout entraîner avec une poignée d’hommes, cette émeute qui amena l’état de siège, qui engagea si malheureusement la Banlieue, qui fit tant de victimes et qui empêcha une révolution certaine un mois plus tard ! " [20]

Encore que, comme précédemment M. Alain Faure, ’il voit des carlistes dans la Société gauloise. On verra, à l’exemple du carliste Boistay, ce qu’il faut en penser.

Charles X, estampe par Massard (père)

Enfin c’est Charles X lui-même, directement concerné, qui fonda des espoirs dans les menées de Deschapelles et du duc de Fitz-James. Un rapprochement entre un passage des Mémoires d’Outre-Tombe, le procès-verbal de l’interrogatoire du duc de Fitz-James par le juge Poultier, dès juin 1832, et le rapport Gisquet, le révèle.

“ Dans un de ses interrogatoires, il [le juge d’instruction] me lut une lettre de Charles X au duc de Fitz-James, et où se trouvait une phrase honorable pour moi." [21].

Et effectivement, dans sa lettre du 17 avril 1832 au duc de Fitz-James Charles X écrivait :

“ … entendez-vous avec le porteur de ce petit mot pour parler en mon nom à l’homme qui travaille avec autant de zèle que de talent à compléter une belle et honorable vie… ” [22]

Or on lit dans le rapport Gisquet :

“ … Je dois aussi vous faire remarquer la coïncidence dont je suis frappé entre ces faits et ceux qui viennent de mettre MM. de Fitz-James et de Chateaubriant sous la main de la justice. Je me bornerai, pour vous en convaincre, à vous citer la lettre écrite par Charles X le 17 avril et saisie dans les papiers de M. de Fitz-James, lettre dans laquelle il est question d’un personnage signalé comme travaillant dans l’intérêt de la dynastie déchue et que je présume être M. Deschapelles, et la lettre que M. de Chateaubriant fit insérer dernièrement dans les journaux pour révéler la sorte de sympathie et les relations fréquentes qui existaient entre lui et des chefs du parti républicain… ”.

Depuis les travaux de M. Bouchet, la numérisation des documents, du Journal des débats politiques et littéraires en particulier — à quand la Gazette des Tribunaux ? —, leur interrogation par mot(s), a permis de confirmer la réalité et l’importance de la Société gauloise de Deschapelles.

C’est ainsi qu’un témoin au procès d’O’Reilly déposera en ces termes :

“ Oreilly et un nommé Deschapelles ont organisé une insurrection. Ceux qui devaient y prendre part étaient divisés en décuries, centuries et tribus. Les décuries, composées de dix hommes, étaient commandées chacune par un décurion. Le centurion commandait à cent hommes, et le tribun à mille. Ces messieurs m’ont nommé tribun. J’avais rendez-vous au Louvre pour le 6 juin au matin ; je devais me porter, avec ma bande, sur le château de Saint-Cloud, et faire main-basse sur tout ce que nous trouverions. Je me rendis en effet au convoi. Je trouvai sur la place du Palais-Royal, au Château-d’Eau, Deschapelles en uniforme de général ; le soir, je le revis sur la place de la Bastille en bourgeois. C’est un nommé Pelvilain qui, sur la place de la Bastille, a présenté au général Lafayette un bonnet rouge placé au bout d’un drapeau rouge, en invitant le général à y déposer une couronne d’immortelles. M. Lafayette ayant refusé, Pelvilain a placé lui-même la couronne. Quand j’ai vu cela, et avec ça que les dragons chargeaient, je me suis en allé, et je n’ai plus revu Oreilly." [23]

L’appartenance d’insurgés à la Société gauloise est signalée au détour de comptes rendus de procès :

“ … Il a été plusieurs fois question, dans les procès politiques, d’une association gauloise ayant pour but d’enrôler des ouvriers que l’on classait par centuries et décuries. Jean-Henri Lépine, signalé comme l’un des agens de cette société, s’est vu traduit aujourd’hui devant la première section de la Cour d’assises, présidée par M. Naudin. Les 3 et 4 juin, il révéla aux sieurs Rèche et Poiret à qui il venait de délivrer des brevets de décurion  et de centurion, un complot qui ne devait pas tarder à éclater, et qui amènerait d’une manière infaillible la chute du gouvernement, parce qu’on y réunirait les mécontents de toutes les opinions. Il leur remit des cartes lithographiées, timbrées de cachets rouges, et portant ces mots : Patrie ; Association gauloise, et les engagea à les distribuer. Il leur donna aussi des balles de plomb ; il les pressa de se trouver au convoi du général Lamarque, et leur recommanda de se munir de deux épinglettes et de deux pierres à fusil, parce que le moment était pressant et qu’il ne fallait pas le laisser échapper. On devait, suivant lui, désarmer la troupe, proclamer la république sur la place de la Bastille, et se servir seulement du nom, mais nullement de la personne du général Lafayette, attendu qu’on ne voulait pas de lui. Lépine devait être membre du gouvernement provisoire. L’armée était gagnée, à l’exception des dragons et de la garde municipale, dont on espérait venir à bout en deux heures de temps. Enfin on devait donner à la légion marceline (c’est ainsi qu’il qualifiait la prétendue association gauloise) un drapeau ayant d’un côté cette inscription : vivre en travaillant, ou mourir en combattant !  et de l’autre : La liberté, ou la mort !… ” [24]

“ … Reitz, serrurier, décoré de Juillet, rue de l’Arbalète, dépose : Le 13 mai, un camarade nommé Lépine m’a dit à moi et à mon ami Poirel qu’il faisait partie d’une société de mécontens, et me proposa de former une section de vingt hommes, et ensuite, si je le pouvais, quatre autres sections, et qu’alors on me donnerait un drapeau. Lépine ajouta que la société avait à sa tête des chefs marquans, entre autres des princes polonais, et qu’il ne fallait qu’un coup de main pour établir la souveraineté du peuple ; que le gouvernement conspirait avec l’étranger, et que tous les décorés de juillet seraient perdus. Le vendredi d’avant les événemens, nous allâmes promener au Jardin des Plantes. Lépine remit à Poirel une carte de centurion de l’Association gauloise, et à moi des cartes de décurions. Les choses ne pouvaient pas durer ainsi, continua-t-il ; la poire est mûre, il faut en finir. Il faut que vous preniez du service. Mais, lui dis-je, j’ai une mère, une femme et des enfans ; je ne pourrais pas être au service. C’est égal, m’a-t-il dit, vous serez commissaire de police (on rit). La veille du convoi du général Lamarque ; Lépine m’a conduit chez un nommé Butte qui était aussi de l’Association gauloise. Chemin faisant, il m’a donné quelque chose de lourd que j’ai mis dans ma poche ; c’étaient des cartouches et des balles. C’est demain le grand coup : nous avons réussi à obtenir que le convoi passe par le boulevard, où d’abord il ne devait point passer. Lorsqu’on sera à la place de la Bastille, la république sera proclamée. Ayez soin de vous munir d’une épinglette et de deux pierres à fusil. Ayez l’œil sur moi ; dès que vous me verrez porter la main à mon fusil, vous ferez comme moi : l’affaire sera bientôt faite. Nous avons pour nous la garde nationale et la ligne ; il n’y a que les dragons et la garde municipale que nous n’avons pu séduire… ” [25]

Une lettre de Marchand à Thiellement, lue au procès de ce dernier, illustre la détermination de la Société gauloise :

“ Mon cher Thiellement, observe bien ce que je vais te dire, et suis les instructions que je vais te donner. Après demain, les obsèques du général Lamarque ont lieu ; les dernières instructions te parviendront demain soir. Tu dois les communiquer au rendez-vous. Préviens tout ton monde ; qu’il se trouve chacun sous leurs chefs respectifs sur le chemin du convoi, par les rues adjaçantes, afin qu’en passant ils puissent pénétrer dans la foule de droit ou de force. Quiconque manquera au rendez-vous sera regardé comme lâche et traître. Tu comprends qu’il ne faut pas leur dire que c’est fait pour se battre. Il faut y aller sans armes, ou du moins cachées ; seulement avoir chacun le plus de cartouches possible et une pierre à fusil et une épinglette. Demain, tu iras chez M. Chassang lui communiquer les mêmes ordres ; tu recevras par Jacquel de nouveaux ordres de ma part. Ne manque pas. Adieu. Marchand." [26]

On lit aussi dans le Journal des débats :

“ … Charles-Julien Toupriant, âgé de 28 ans, et Hippolyte Bainse, âgé de 30 ans, tous deux relieurs-cartonniers, sont accusés de s’être mêlés aux insurgés qui pendant toute la soirée du 5 juin et la matinée du 6, ont fait feu sur les gardes nationaux et la troupe de ligne, rue Montmartre, prés du passage du Saumon … Au moment où l’on a fait une perquisition chez Bainse, il s’est efforcé d’avaler deux cartes portant des caractères mystérieux et les emblèmes de l’association gauloise. On a pareillement saisi des billets d’admission à la société de l’Avenir, qui se réunissait rue Mandar, n. 8… ” [27]

Deschapelles, extrait de la couverture du livre Alexandre Honoré Deschapelles: The French king of chess

Difficiles à identifier les “ Gaulois ” ne furent pas moins présents à coup sûr place de la Bastille, drapeau rouge en main (Pelvilain et O’Reilly) [23], à la barricade Saint-Merry en la personne de Jeanne et Rossignol et encore plus au Mont Saint-Michel : Marchand, Thiellement, Jeanne, Rossignol, Bainse.

Si la Société gauloise  a donc bien existé, c’est tout au plus le thème de l’alliance carlorépublicaine qui, limité à la concertation du duc de Fitz-James avec un Deschapelles biface dans l’état actuel des recherches, relèverait de l’histoire-complot. Un seul carliste, Ambroise Boistay, non affilié à la Société gauloise, que l’on sache, passa en jugement pour participation personnelle à l’insurrection, embauchage au nom d’Henri V. Il partit pour le Mont Saint-Michel mais pour y rejoindre les condamnés légitimistes de l’attentat de la rue des Prouvaires [28].

Encore qu’extérieure au rapport Gisquet une citation du préfet de police accrédite la thèse de l’alliance carlorépublicaine. Le 6 juin à 10h 30, mettant en cause d’autres négociateurs que Deschapelles, il avait écrit à Montalivet, ministre de l’intérieur :

“ Les renseignements confidentiels que j’ai reçus ne me laissent aucun doute que l’insurrection a été concertée entre les carlistes et les républicains. Les carlistes avaient promis de l’argent et des hommes ; ils avaient donné l’assurance qu’une partie de la troupe était gagnée par eux et qu’ils feraient une puissante diversion avec des bandits qu’ils avaient embauchés ; mais ces hommes n’ont paru qu’en petit nombre et la force armée a prouvé son dévouement au roi. Les républicains, à peu près livrés à eux-mêmes, sont indignés contre les carlistes et avouent que leur cause est perdue." [29]

À suivre donc [30].


L’insurrection parisienne des 5 et 6 juin 1832 dans Les misérables (1935) de Richard Boleslawski

Justement, M. Bouchet publie : Les barricades des 5–6 juin 1832 In Histoire des mouvements sociaux en France de 1814 à nos jours ; ss. la dir. de Michel Pigenet et Danielle Tartakowsky.— Paris : La Découverte, 2012, pp. 113–120. ISBN 978-2-7071-6985-3

L’auteur s’interroge sur les intentions réelles de Deschapelles et O’Reilly. Alors que l’on dispose d’une documentation présentant Deschapelles comme agent de Charles X, étaient-ils en fait agents provocateurs de Louis-Philippe ou encore n’auraient-ils visé qu’au rétablissement de la république ?

Or :

  1. Il est exclu que Louis-Philippe, Charles X et le duc de Fitz-James aient organisé de connivence une insurrection manquée asseyant le pouvoir de Louis-Philippe. Leur collusion exclue, Charles X souhaitant donc le succès de l’insurrection, on imagine mal Deschapelles se jouant de lui alors que sa sœur, son beau-frère et son neveu, écuyer cavalcadour de l’orpheline du Temple, étaient à la cour d’Holyrood. Stigmatisé en juin 1832 dans le rapport Gisquet et lors de l’interrogatoire du duc de Fitz-James, Deschapelles ne fut incarcéré que quelques jours comme les personnalités carlistes. Quelles qu’aient pu être les idées politiques de Deschapelles, républicaines ?, carlistes ?, cet environnement carliste et un idéal de virtuosité suffiraient à expliquer son rôle en juin 1832. N’a-t-on pas dit de lui :
    “ … il se laisse entraîner à rechercher de petits succès dans les discussions de société, où on l’entend souvent soutenir des idées paradoxales, seulement pour ne pas dire comme un autre, et pour avoir le plaisir de faire briller une adresse remarquable à manier la plaisanterie, ainsi qu’une dialectique sophistique non moins rare et remplie d’esprit." [31].

    O’Reilly, lui, fera plusieurs années de prison

  2. Quant à une intention de Deschapelles — et d’O’Reilly — de s’en tenir au rétablissement de la république, l’échec de l’insurrection ne permit pas de la vérifier.

Par ailleurs, la présence de carlistes dans la Société gauloise n’est plus qu’hypothétique aux yeux de M. Bouchet.

Pierre Baudrier, juin 2013

1) Dolléans (Édouard).— Histoire du mouvement ouvrier * 1830–1871 ; préf. de Lucien Fèbvre,… 6e éd.— Paris : A. Colin, 1957.— 397 p. — (Collection Économies – Sociétés – Civilisations)

2) Cf. Perreux (Gabriel).— La Conspiration gauloise. Un épisode de la conspiration carlo-républicaine, 5 et 6 juin 1832, Bulletin de la Société d’Histoire Moderne, juin 1923, pp. 368–373.

3) P. 2

4) Alton-Shée (Edmond de Lignères, cte d’).— Mes mémoires (1826–1848). Deuxième partie 1840–1847.— Paris : Libr. Internationale ; Bruxelles, Leipzig, Livourne : A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie, 1869, p. 300

5) Cf. Perreux (Gabriel).— Les origines du drapeau rouge en France, La Révolution Française, janvier–février–mars 1920, pp. 12–31 ; Perreux (Gabriel).— L’Affaire du drapeau rouge (5 juin 1832), La Révolution française, 1923, pp. 133–148

6) Cf. Perreux (Gabriel).— Les conspirations de Louis-Napoléon Bonaparte : Strasbourg, Boulogne.— Paris : Hachette, 1926.— 123 p. (Récits d’autrefois)

7) Cf. Belvèze (Claude).— L’insurrection des 5 et 6 juin 1832.— S. l. n. d.- VIII-209-[IV] ff. (Diplôme Principal d’Études Supérieures. Paris. 1958–1959, ss. la dir. du Prof. Girard) Bibliothèque d’Histoire du 19ème siècle — Sorbonne cote : DES 1959 Belvèze

8) Cf. Beauvoir (Simone de).— Tous les hommes sont mortels.— [Paris] : Gallimard, 2008, p. 469.— (Collection folio ; 533) ISBN 978-2-07-036533-3

9) 1953, p. 273

10) Faure (Alain).— Mouvements populaires et Mouvement ouvrier à Paris (1830–1834), Le Mouvement social, juillet–août 1974, n° 88, pp. 51–92

11) Ibid. p. 79

12) Un document inédit et secret sur les événements de juin 1832 In Société Chateaubriand. Bulletin. Nlle série, n° 20, 1977, pp. 68–70.

13) Cf. Count H. Eltz, J. Hagerty.— Pedigree of the O’Hegerty Family, 1948, 1 p., 1 tableau.

14) Cf. Baudrier (Pierre).— Liens de parenté insolites, Héraldique et Généalogie, vol. 10, n° 6, nov.–déc. 1978, p. 391 

15) La notoriété de Deschapelles, p. 43 In Blanqui et les blanquistes… [Actes du colloque Blanqui tenu les 1, 2 et 3 octobre 1981 au Centre Malher de l’Université de Paris I (Panthéon-Sorbonne) / Ed. par la ] Société d’Histoire de la Révolution de 1848 et des Révolutions du XIXe siècle, préf. de Ph[ilippe] Vigier.— Paris : SEDES, 1986.— 292 p.; 23 cm ISBN 2-7181-3116-0 

16) Bouchet (Thomas).— Le roi et les barricades : une histoire des 5 et 6 juin 1832…— Paris : Seli Arslan, 2000.— 221 p. (Histoire, culture et sociétés) ISBN 2-84275-053-0

17) Bouchet (Thomas).— Les sociétés secrètes pendant la monarchie censitaire, pp. 161–168 In Histoire des gauches en France / Ss la dir. de Jean-Jacques Becker et de Gilles Candar. Volume I L’héritage du XIXe siècle.— Paris : La Découverte, 2004.— 584 p. ISBN 2-7071-3865-7

18) P. 162

19) Sayre (Robert), Löwy (Michael).— L’insurrection des Misérables : romantisme et révolution en Juin 1832.— Paris : Lettres Modernes, 1992.— 159 p. — (Archives des Lettres Modernes ; 253) ISBN 2-256-90446-6

20) Cabet (E.).— Les masques arrachés …— Paris, 1844, p. 45

21) Chateaubriand (François René de).— Mémoires d’Outre-Tombe / par Chateaubriand. Tome cinquième.— Paris : Dufourt, Mulat et Boulanger, 1860, p. 431.

22) La lettre de Charles X est aux pages 47–48 de l’ouvrage : Procès de M. Berryer. Cour d’assises du Loir-et-Cher.— Paris : L. Janet, 1832.— 8°, 216 p.; également p. 217 de : Gisquet (Henri).— Mémoires de M. Gisquet, ancien préfet de police, écrits par lui-même. Tome troisième.— Bruxelles : A. Jamar, 1841.— 317 p.; elle avait été saisie par la police au domicile du duc de Fitz-James le 1er juin 1832.

23) Journal des Débats politiques et littéraires, mardi 27 novembre 1832, pp. [3–4] (référence signalée par M. Philippe Bodard, historien du bridge)

24) Jdd, 30 septembre 1832, p. 3

25) Jdd, jeudi 25 octobre 1832, p. 3, colonne 2

26) Jdd, vendredi 22 juin 1832, p. 3, colonne 1

27) Jdd, jeudi 18 octobre 1832, p. 4, colonne 3 ; le compte rendu du Journal politique et littéraire de Toulouse et de la Haute-Garonne, n° 148 (20e année), lundi 22 octobre 1832, p. 3, col. 3 diffère légèrement. Il précise le rôle de Toupriant et Bainse : “ … Toupriant et Bainse avaient été signalés par de nombreux témoins, comme ayant pris une part très-active dans les événements de juin. On les avait aperçus le 5 au soir dans la maison du n° 63 de la rue Montmartre, où ils essayaient de faire entrer un nombre considérable d’insurgés armés… ”

Dans À cinq heures nous serons tous morts !,livre paru début novembre 2011, M. Bouchet passe Bonnin, Toupriant et autres Gaulois en revue et conclut à la réalité de la conspiration gauloise. Cf. Jeanne (Charles).— À cinq heures nous serons tous morts ! Sur la barricade Saint-Merry ? 5–6 juin 1832 ; présenté et commenté par Thomas Bouchet.— Paris : Vendémiaire, 2011.— 217 p. — (Collection Généalogies) ISBN 978-2-36358-018-4).

28) Jdd, dimanche 25 novembre 1832, p. [3]

29) Arch. Nat., F7 12170 ; Dejean (Étienne).— La duchesse de Berry et le comité carliste de La Haye (juin–novembre 1832), Revue historique, 37e année, T. CX, mai–août 1912, pp. 35–36

30) Pour l’heure, c’est sur des contacts entre bonapartistes et républicains, et qui plus est en 1833, à Londres, qu’on est le plus informé. La nébuleuse de leurs pourparlers fit réapparaître plus d’un protagoniste du rapport Gisquet et du mouvement républicain de 1832 : Bastide, qui s’était enfui à Londres, d’autres ex-artilleurs de la garde nationale, le général Ramorino, Thibaudeau fils, à défaut d’Alexandre Dumas le général Dermoncourt, le général Truguet, etc. Cf. Giesselmann (Werner).— “ Die Manie der Revolte ” : Protest unter der französischen Julimonarchie (1830–1848). Band 1.— München : Oldenbourg, 1993, pp. 354, 379, 381 (Ancien Regime. Aufklärung und Revolution ; 25, 1) ISBN 3-486-55955-9 ; Hicks (Peter).— Joseph Bonaparte and the „Reunion de famille“ of 1832–1833, Napoleonica. La Revue¸ 2010/2, n° 8, pp. 30–52.

31) Notice du tome V de la Biographie universelle et portative des contemporains de Rabbe, Vieilh de Boisjolin et Sainte-Preuve (1836)



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